La rentrée en maternelle en 10 questions-réponses - Illustration Robin

La rentrée en maternelle en 10 questions-réponses

DĂ©but septembre, votre enfant entrera pour la premiĂšre fois Ă  l’école ! Pomme d’Api rĂ©pond Ă  vos questions les plus courantes sur le jour de la rentrĂ©e en maternelle dans son supplĂ©ment pour les parents. Parole de maĂźtresse : “Si les parents sont tranquilles ce jour-lĂ , les enfants le sont aussi !”

1. Comment bien prĂ©parer mon enfant Ă  la rentrĂ©e ?

Pas la peine de parler de l’école trop longtemps Ă  l’avance : l’attente risquerait de crĂ©er de l’apprĂ©hension. Encouragez votre enfant Ă  s’habiller seul, Ă  mettre ses chaussures
 Éviter aussi de faire de l’école une menace. Lucie a ainsi repris la nounou de son fils, qui rĂ©pĂ©tait des phrases du type : “À l’école, si tu te comportes ainsi, tu seras puni !”

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, autant faire attention aux mots que l’on utilise. Dire Ă  un enfant qui rentre en petite section : “Tu es grand, tu vas aller Ă  l’école”, c’est trĂšs troublant : Ă  l’école, il sera parmi les petits, et ceux que l’on appelle ‘les grands’, ce sont les enfants de Grande Section. Mieux vaut donc dire : “Tu as bientĂŽt trois ans, tu as l’ñge de rentrer Ă  la maternelle.”

2. Les adultes vont-ils ĂȘtre aussi attentifs qu’à la crĂšche ou chez la nounou ?

Avec une moyenne de plus de 25 enfants par classe, cela change de l’attention trĂšs maternelle dont bĂ©nĂ©ficiaient les tout-petits en crĂšche ou chez leur nounou. Les premiers jours, certains enfants sont dĂ©boussolĂ©s par cette foule bruyante et agitĂ©e. À nous de faire confiance Ă  leur capacitĂ© d’adaptation !

Sur le plan pratique, les enfants apprennent Ă  attendre et Ă  se dĂ©brouiller seuls, car les adultes font moins les choses Ă  leur place. Mais soyons rassurĂ©s : un vrai problĂšme n’échappe pas Ă  la vigilance des enseignants et des Atsem (Agents territoriaux spĂ©cialisĂ©s des Ă©coles maternelles).

3. Le doudou de mon enfant peut-il rentrer dans la classe ?

Oui, bien sĂ»r ! Et vous aussi ! La plupart des enseignants de maternelle ouvrent grand la porte de leur classe aux parents. N’hĂ©sitez pas Ă  la franchir. Prenez le temps, allez de table en table avec lui, jouez, familiarisez-vous ensemble avec le lieu et les personnes qui l’animent.

4. Que faire si mon enfant se met à pleurer ?

Difficile de voir son enfant pleurer
 mais lui dire : “Ne pleure pas, ça va bien se passer”, lui donnerait l’impression qu’il n’a pas le droit d’avoir peur. Autant Ă©couter ses sanglots en lui disant : “Tu pleures, je comprends, c’est un grand changement aujourd’hui.”

“Les pleurs des enfants passent trĂšs vite, remarque Laurence Fayolle, enseignante en Petite Section, et souvent les parents ont plus de mal Ă  laisser leurs enfants que l’inverse. Pourtant, c’est bien Ă  eux de nous le confier, et pas Ă  nous d’aller le prendre dans leurs bras.” La diffĂ©rence est de taille. Si vous avez dĂ©jĂ  la boule au ventre, tant pis, faites accompagner votre enfant par un autre adulte. Cela se passera mieux.

5. Comment faire au moment de quitter mon enfant ?

Autant l’avouer, on aurait envie de partir sur la pointe des pieds
 Ce n’est pas un cadeau Ă  faire aux enseignants ni aux enfants ! Quelle trahison ! Non, courage, prĂ©venez : “Je fais encore un puzzle avec toi, puis je m’en vais.” Et le moment venu, dites clairement : “À tout Ă  l’heure !” et rappelez qui vient chercher votre enfant, et Ă  quelle heure (“aprĂšs la cantine et la sieste”).

6. Que va-t-il se passer si mon enfant a un “petit accident” ?

Cela sonne comme un ultimatum : pour rentrer en maternelle, il faut “ĂȘtre propre”, c’est-Ă -dire ne plus porter de couches. Que va-t-il se passer s’il fait pipi dans sa culotte ?

Une crainte balayĂ©e dans un Ă©clat de rire par Laurence Fayolle : “Les premiers mois, nous passons notre vie aux toilettes ! On y va 3 Ă  4 fois par matinĂ©e !” Peu Ă  peu, les enfants apprennent Ă  demander. Et puis, un “accident”, ça arrive, et ce n’est pas bien grave !

7. Va-t-il rĂ©ussir Ă  faire la sieste Ă  l’école ?

Une chose est claire pour ceux qui font encore la sieste : Ă  l’école, on dort moins qu’à la maison. Jusqu’aux vacances d’automne au moins, les petits sont souvent épuisĂ©s par l’école, avec ou sans nouveaux rythmes.

À la maison, les heures qui prĂ©cĂšdent le coucher sont difficiles, tant les enfants dĂ©chargent les Ă©motions et les tensions accumulĂ©es dans la journĂ©e. Les enseignants de maternelle le disent Ă  mots couverts : en Petite Section, si vous pouvez vous permettre de ne pas le mettre certains aprĂšs-midi, n’hĂ©sitez pas !

8. Et s’il ne se fait pas d’amis ?

Oh, cette vision Ă  vous arracher des larmes ! Votre tout-petit, immobile dans un coin de la cour, pouce Ă  la bouche et regard perdu, pendant que toute l’école s’égaye en jouant ! Certains sont trĂšs sociables, d’autres ont besoin d’observer longuement avant de se lancer. Jouer avec ses pairs nĂ©cessite un apprentissage. Les enfants les plus jeunes de la maternelle jouent davantage cĂŽte Ă  cĂŽte qu’ensemble. Puis, peu Ă  peu, ils entrent en relation avec les autres.

9. Et si “je n’accroche pas” avec la maütresse ?

Devant votre enfant, mieux vaut taire vos rĂ©serves : vous risqueriez de le mettre en porte-Ă -faux s’il l’apprĂ©cie, lui. Si, au contraire, c’est votre enfant qui n’accroche pas avec son enseignant, autant lui expliquer qu’il ne peut pas en changer et que “la maĂźtresse n’est pas lĂ  pour aimer et ĂȘtre aimĂ©e, elle est lĂ  pour faire l’école”, comme le conseille la psychanalyste Myriam Szejer, qui a consacrĂ© un livre Ă  la rentrĂ©e en maternelle (voir “Lectures de rentrĂ©e” ci-dessous).

Une fois les premiĂšres semaines passĂ©es, si votre enfant continue de parler de sa maĂźtresse ou de son maĂźtre en termes nĂ©gatifs, n’hĂ©sitez pas Ă  demander un rendez-vous. Et si vous-mĂȘme ĂȘtes toujours mal Ă  l’aise face Ă  l’enseignant, faites de mĂȘme. Un simple Ă©change entre adultes peut parfois lever des malentendus.

10. Les nouveaux rythmes scolaires ne vont-ils pas trop épuiser mon enfant ?

DĂšs cette rentrĂ©e, toutes les Ă©coles publiques adoptent un nouveau rythme. Cinq matinĂ©es seront travaillĂ©es. La plupart des enfants auront dĂ©sormais classe le mercredi matin (ou le samedi matin dans une minoritĂ© de communes). L’enseignement des aprĂšs-midi sera, lui, raccourci.

En complĂ©ment, des activitĂ©s pĂ©riscolaires seront proposĂ©es, sous la responsabilitĂ© de la commune (et non plus de l’Éducation nationale). Elles sont facultatives. Vous pouvez dĂ©cider de ne pas y inscrire votre enfant, si vous avez la possibilitĂ© de le faire garder autrement. Votre mairie vous renseignera sur l’organisation choisie.

Lectures de rentrée

Une annĂ©e au foyer, NathanaĂ«l DuprĂ© La Tour, Édition du FĂ©lin

Une fois n’est pas coutume : c’est un papa qui prend la plume, un papa qui a dĂ©cidĂ© de devenir pĂšre au foyer. Cette expĂ©rience, il la relate avec son regard et son style d’intellectuel surdiplĂŽmĂ©, transposant des thĂ©ories fantaisistes de management Ă  la gestion familiale. Rien de maternant, beaucoup d’autodĂ©rision : un ovni dans la littĂ©rature parentale.

Le journal de Gaspard, Joséphine Lebard, Marabout

Gaspard a 4 ans Ÿ et il Ă©crit son journal. Enfin, en fait, Ă  Pomme d’Api, on le sait, c’est sa maman qui le fait Ă  sa place. Et elle a beaucoup d’humour, JosĂ©phine ! Du coup, il est trĂšs drĂŽle, ce vrai faux journal d’un petit citadin : Gaspard va Ă  l’école, au parc, au musĂ©e, Ă  l’étranger
 Gaspard a peur du noir, fĂȘte son anniversaire
 Chaque chapitre se clĂŽt par une double page pratique, avec les avis de psychologues, d’enseignants, d’experts en tout genre. Pour tous les parents qui “espĂšrent s’amĂ©liorer” !

Petite école, grande rentrée, Myriam Szejer, Bayard

La rĂ©flexion d’une psychanalyste sur le sens de la rentrĂ©e en maternelle, qui invite les parents Ă  se replonger dans leur propre rapport Ă  l’école. Un incontournable pour mieux accompagner nos enfants lors de cette grande Ă©tape.

Anne Bideault – Illustrations Robin –
SupplĂ©ment Parents Pomme d’Api n°583, septembre 2014.
Recette : la palette à croquer n°649 - Pomme d'Api

Recette : la palette Ă  croquer

Les petits artistes vont se rĂ©galer avec cette palette, en pĂąte Ă  pizza, facile Ă  prĂ©parer et Ă  croquer. Aidez-les pour la cuisson, ils se chargeront de la prĂ©sentation !

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Recette : tartinosaure Pomme d'Api n°632

Recette : le tartinosaure

Comment transformer deux baguettes viennoises en “tartinosaure” ? Suivez les explications de Pomme d’Api et prĂ©parez avec votre enfant un spectaculaire goĂ»ter Ă  partager !

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“Comment leur parler de la violence du monde ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api, novembre 2017. Illustrations Pascal LemaĂźtre.

Comment parler aux enfants de la violence du monde ?

Guerres, actes terroristes, faits divers
 : l’écho de la violence du monde arrive jusqu’aux enfants, mĂȘme tout petits. Quand ils nous interpellent sur ceux qu’ils nomment souvent les “mĂ©chants”, y a-t-il une “bonne” rĂ©ponse Ă  apporter ? Quelle attitude, quelles paroles vont les rassurer ? La psychologue Françoise GuĂ©rin et le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, nous Ă©clairent sur la maniĂšre d’accompagner le questionnement des enfants dans le supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d’Api de novembre.

“MĂ©chant”, “gentil”
 Apporter de la nuance

L’enfant, Ă  l’ñge des petits lecteurs de Pomme d’Api (3-7 ans), a des avis tranchĂ©s : il y a d’un cĂŽtĂ©, les mĂ©chants, de l’autre, les gentils ; les choses sont propres ou sales, grandes ou petites
 Pour se constituer des repĂšres, il a besoin de catĂ©goriser le monde, en triant, en classant. C’est son travail ! Le rĂŽle des parents et des Ă©ducateurs est de lui montrer que les choses ne sont pas aussi simples : un camarade de classe peut ĂȘtre “trĂšs mĂ©chant” Ă  la rĂ©crĂ© du matin et “super copain”, l’aprĂšs-midi.

Alors aidons-le Ă  affiner sa pensĂ©e, en lui posant des questions : “Tu dis qu’il est mĂ©chant. Mais mĂ©chant comment ? MĂ©chant en colĂšre ou mĂ©chant triste ? Envieux ? Brusque ?” Invitons Ă  plus de prĂ©cision et, par lĂ , plus de justesse : on peut ĂȘtre en colĂšre sans ĂȘtre violent, on peut ĂȘtre violent sans que cela manifeste de la mĂ©chancetĂ©, etc. Cela permettra aussi d’avancer l’idĂ©e que l’immense majoritĂ© des gens ne sont ni absolument mĂ©chants, ni absolument gentils
 Ă  commencer par nous-mĂȘmes. “Toi aussi, parfois, tu as envie de bousculer ton frĂšre pour lui prendre son jouet, non ? Tu te souviens du soir oĂč tu as renversĂ© ton assiette tellement tu Ă©tais en colĂšre ? Et ce matin, quand je t’ai grondĂ© parce que j’étais Ă©nervĂ©. Tu m’as peut-ĂȘtre trouvĂ© “mĂ©chant” ?”

À nous aussi de contrebalancer certaines associations spontanĂ©es : un enfant a tĂŽt fait de qualifier de “gentil” quelqu’un de beau et bien habillĂ©, alors que quelqu’un qu’il dĂ©crit comme “pas beau” sera considĂ©rĂ© comme potentiellement “mĂ©chant”. Le monsieur mal fagotĂ© que l’on croise dans la rue n’est pas forcĂ©ment un “mĂ©chant”, la camarade de classe dont les cheveux sont “bizarres” non plus.

Mettre des mots sur l’extrĂȘme violence

“Comment leur parler de la violence du monde ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api, novembre 2017. Illustrations Pascal LemaĂźtre.Nous sommes d’accord : les attentats, les faits divers, les bribes d’informations tragiques entendues Ă  la radio ou entrevues Ă  la tĂ©lĂ© font entrer l’enfant dans un autre registre. L’adulte qui tue n’a rien Ă  voir avec le petit camarade qui donne un coup de pied ou qui mord. Pour la psychologue Françoise GuĂ©rin, mĂȘme si l’enfant va spontanĂ©ment utiliser ce terme familier (“le mĂ©chant”), mieux vaut s’extraire du monde enfantin et Ă©largir le vocabulaire : “un terroriste”, “un criminel”, “un adulte plein de haine et de rancƓur”.

À l’ñge de l’école maternelle, les mots les passionnent, car ils leur permettent de questionner le sens. Alors ne craignons pas d’expliquer : “La haine, c’est quand on ne peut plus aimer dans son cƓur, quand plus rien ne compte. Or toi, mĂȘme quand tu es trĂšs en colĂšre contre ton frĂšre ou contre moi, ce n’est pas ton cas : tu ne souhaites pas qu’on ne soit plus lĂ  pour toujours, tu ne vas pas nous dĂ©tester pour toujours.” Toutes ces nuances sont des aides Ă  penser.

On peut aussi expliquer Ă  l’enfant que beaucoup de spĂ©cialistes rĂ©flĂ©chissent aux raisons qui amĂšnent ces personnes Ă  agir ainsi, pour essayer de les guĂ©rir de leur haine. Mais qu’il y a des choses qu’on peut chercher Ă  comprendre avec sa tĂȘte, mais que le cƓur, lui, ne peut pas comprendre.

“Comment leur parler de la violence du monde ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api, novembre 2017. Illustrations Pascal LemaĂźtre.

Avouer son désarroi

“En disant que je suis bouleversĂ©e, que je ne comprends pas, que je me sens impuissante, j’ai l’impression de ne pas jouer mon rĂŽle de parent”, s’inquiĂšte une maman, qui se souvient avoir fondu en larmes en entendant la nouvelle de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Les pleurs de l’adulte impressionnent, c’est vrai, mais dissimuler son Ă©motion serait une erreur. Ne serait-ce pas plus effrayant, pour un enfant, que son parent se montre indiffĂ©rent ? Les pleurs manifestent que l’on est reliĂ© aux autres, que l’on est concernĂ© par ce qui leur arrive. L’émotion de l’adulte ouvre Ă  l’enfant la possibilitĂ© d’ĂȘtre Ă©mu, lui aussi. Et de se rendre compte que pleurer n’est pas synonyme d’ĂȘtre faible. D’autant qu’il constatera que petit Ă  petit, l’adulte se remet de son Ă©motion.

Dire son impuissance Ă  son enfant peut aussi le soulager. Car souvent, les enfants pensent qu’il est nĂ©cessaire d’ĂȘtre tout-puissant : “MĂȘme pas mal !”, “MĂȘme pas peur !”, et supposent que les adultes n’ont jamais peur, jamais mal.

Accueillir la question de la mort“Comment leur parler de la violence du monde ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api, novembre 2017. Illustrations Pascal LemaĂźtre.

« Mon fils a entendu un flash Ă  la radio, raconte Sandra. Quand je lui ai expliquĂ© qu’un attentat avait eu lieu en Grande-Bretagne, il s’est effondré : “Pourquoi ils font ça ? ”» L’effondrement de ce petit garçon est le signe que des grandes questions existentielles l’ont touchĂ© au cƓur, et particuliĂšrement celle de la mort. Or si nous tenons Ă  la vie, c’est parce qu’il y a la mort.

Les attentats font ouvrir ce que Françoise GuĂ©rin appelle “le livre de la mort”. Éprouver des angoisses, se poser des questions, c’est le signe que l’enfant s’invente ses solutions pour s’habituer Ă  cette idĂ©e de la perte de la vie, de la perte de ce qu’on aime. Il construit son imaginaire, sa pensĂ©e.

Dans une certaine mesure, la rĂ©pĂ©tition des attentats depuis janvier 2015 a redonnĂ© Ă  la mort une place dans nos vies qu’elle avait autrefois, alors que nos sociĂ©tĂ©s modernes cherchent Ă  l’escamoter. Accueillir les questions des enfants sur ces sujets est essentiel, mĂȘme si nous n’avons pas de rĂ©ponse Ă  la question : “Pourquoi il a fait ça ?”

De la puissance du jeu et des contes pour mieux digérer la violence

Et les jeux de guerre ?
Jouer, c’est faire semblant. Mieux vaut faire semblant de mordre que mordre pour de vrai, non ? C’est d’ailleurs ce que font les parents avec leur bĂ©bĂ© joufflu quand ils le menacent de le manger tout cru sur la table Ă  langer ! Le jeu permet de traiter les pulsions destructrices que tous Ă©prouvent. La pulsion dite “de mort”, prĂ©sente en chacun, est celle qui pousse Ă  dĂ©truire ou Ă  se dĂ©truire. Toute notre vie, nous devons la combattre, par un effort constant de civilisation. En jouant “à la guerre”, en se bagarrant Ă  coups de pistolets en plastique ou d’oreillers, en dessinant d’affreuses crĂ©atures, etc., on satisfait cette pulsion, mais sans dĂ©truire l’autre ni soi-mĂȘme.

“Comment leur parler de la violence du monde ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api, novembre 2017. Illustrations Pascal LemaĂźtre.

Et les méchants des contes ?
“Ma fille me rĂ©clame sans cesse Le Petit Poucet, qui est quand mĂȘme un conte terrible, avec des parents qui, trois fois de suite, abandonnent leurs enfants, un ogre qui tue ses propres filles, etc. Quatre ans, c’est pas trop jeune pour ça ?” s’inquiĂšte Sylvie. Le Petit Poucet, comme d’autres contes ou mythes, est un magnifique cocktail : l’enfant s’y confronte Ă  sa peur de l’abandon et de la dĂ©voration. S’il le rĂ©clame, c’est qu’il y cherche et y trouve quelque chose dont il a besoin pour travailler ce qu’il perçoit du monde dans lequel il vit. La lecture des contes, dans leurs versions non Ă©dulcorĂ©es, peut soutenir l’enfant dans son travail de “digestion” de la violence du monde.

“Comment leur parler de la violence du monde ?”, texte d’Anne Bideault, avec Françoise GuĂ©rin, psychologue. SupplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d’Api, novembre 2017.

Interview de Boris Cyrulnik : “Ce ne sont pas tant les mots, que la maniùre de dire qui importe”

Boris Cyrulnik, le cĂ©lĂšbre neuropsychiatre, spĂ©cialiste de la rĂ©silience, nous explique la pensĂ©e binaire des enfants. Son Ă©clairage peut nous aider Ă  trouver une maniĂšre de transmettre une parole sĂ©curisante aux tout-petits.“Comment leur parler de la violence du monde ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api, novembre 2017. Illustrations Pascal LemaĂźtre.

Face à la trÚs grande violence aveugle du terrorisme, comment dire aux tout-petits notre colÚre, notre révolte ou notre trÚs grande tristesse ?
Si on se met dans la tĂȘte d’un enfant de 3 à 6 ans, d’un tout-petit, on Ă©prouve ce qu’éprouvent les adultes qui sont autour de nous. Ce n’est pas tant l’évĂšnement qu’ils ressentent que l’expression des Ă©motions des adultes qui les entourent. La maniĂšre dont les adultes vont parler de ce “trauma” transmet quelque chose aux enfants. Ce qui veut donc dire que si les adultes se taisent, les enfants vont entendre parler des attentats Ă  la tĂ©lĂ©vision ou autour d’eux et ils s’étonneront du silence des adultes, des figures d’attachement autour d’eux. Cela va dĂ©clencher chez ses enfants une sensation Ă©trange qui, plus tard, pourrait se transformer en angoisse.

Mais comment parler d’une violence aveugle qui nous dĂ©passe et nous laisse sans mots ?
C’est avant tout la maniĂšre dont l’adulte en parle qui importe. Si les adultes rĂ©pondent aux attentats, aux images de guerre par des manifestations d’angoisses et d’horreur, ils vont entraĂźner l’enfant dans un monde d’angoisses et d’horreur. Mais si les adultes se sĂ©curisent en se soutenant d’abord entre eux, ils arriveront Ă  transmettre aux enfants un message d’une maniĂšre sĂ©curisante. Les enfants percevront alors qu’il s’est passĂ© quelque chose de grave mais qu’on peut apprendre Ă  surmonter cette Ă©preuve. Moi, dans ma tĂȘte d’enfant de 3 à 6 ans, je comprends que c’est grave, mais je comprends aussi que l’on peut ĂȘtre sĂ©curisĂ© et que les adultes me protĂšgent.

Les enfants perçoivent-ils que la violence d’un attentat est d’un autre registre, de l’ordre de la terreur aveugle et du non-sens ?
Non, Ă  cet Ăąge-lĂ , les enfants ont une pensĂ©e binaire. Pour eux, tout ce qui n’est pas grand est petit, tout ce qui n’est pas gros est maigre, tout ce qui n’est pas gentil est mĂ©chant
 Le monde est divisĂ© entre le monde connu et le monde inconnu. Le premier – Papa, Maman, la maĂźtresse, la gentille voisine, etc. – est sĂ©curisant. Le second est angoissant. C’est ainsi que les enfants perçoivent le monde.

Dans le monde binaire des enfants, y a-t-il donc une place Ă  part pour le “trĂšs trĂšs mĂ©chant qui tue” selon une expression d’enfant que nous avons entendue plusieurs fois ?
L’enfant fait une vague diffĂ©rence entre le “mĂ©chant”, et le “trĂšs trĂšs mĂ©chant qui tue”, mais c’est pour faire plaisir aux parents, parce que de toute façon, entre 3 et 6 ans, le mot “mort” ne dĂ©signe pas quelque chose d’irrĂ©mĂ©diable.
Ainsi, si Grand-mĂšre est morte, elle est sur un nuage lointain, elle va revenir dans trĂšs trĂšs longtemps. Dans le film de Blanche-Neige, qui est un film terrorisant, que les enfants adorent, Blanche-Neige est morte en mangeant la pomme de la mĂ©chante sorciĂšre, mais elle se rĂ©veille. Les mots ne dĂ©signent pas les mĂȘmes choses, selon notre stade de dĂ©veloppement. Encore une fois, ce ne sont pas tant les mots qui importent, que la maniĂšre de “dire”
“Comment leur parler de la violence du monde ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api, novembre 2017. Illustrations Pascal LemaĂźtre.

Et que rĂ©pondre quand mĂȘme Ă  la question “pourquoi il y a des trĂšs trĂšs mĂ©chants qui tuent” ?
Le mot “mort” ne dĂ©signant donc pas la mĂȘme chose, si un enfant entend dire qu’un terroriste a tuĂ© des gens, il l’entendra comme dans un conte. Mais l’adulte peut lui dire qu’il y a des gens malheureux qui tuent, mais qu’ils sont peu nombreux. Et qu’il y a beaucoup plus de gens heureux et gentils, qui se rassemblent pour se protĂ©ger. Ce rĂ©cit permet Ă  l’enfant d’ĂȘtre au courant. Les parents ont alors parlĂ©, mais ils n’ont pas angoissĂ© leur enfant.

Derniers ouvrages parus de Boris Cyrulnik :
‱ Ivres paradis, bonheurs hĂ©roĂŻques
(éditions Odile Jacob).
Il y est question du besoin des individus et des peuples de s’inventer des hĂ©ros.
‱ Boris Cyrulnik et la petite enfance,
collectif (éditions Philippe Duval).

“Ce ne sont pas tant les mots, que la maniĂšre de dire qui importe”, propos de Boris Cyrulnik recueillis par Anne Ricou. SupplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d’Api, novembre 2017.
À TABLE ! Ensemble, c'est meilleur ! Illustration : Muzo.

Repas en famille : les dessous de la table

La journĂ©e nous disperse
 et le repas, prĂ©parĂ© avec plus ou moins de plaisir, nous rassemble ! Pomme d’Api a menĂ© l’enquĂȘte sur ce moment d’échange pendant lequel parents et enfants partagent bien plus que des plats


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© Illustration : Guillaume Long. “Comment ça va, les papas ?”, supplĂ©ment pour les parents du magazine Pomme d'Api n°676, juin 2022.

Comment ça va, les papas ?

En 2023, ĂȘtre pĂšre, c’est avoir le droit (voire le devoir !) d’ĂȘtre sensible, vulnĂ©rable et doux, tout en continuant d’incarner l’autoritĂ© et la sĂ©curité ! C’est ĂȘtre plus prĂ©sent tout en restant disponible pour le boulot. Pas simple ! Pomme d’Api donne la parole Ă  ces papas d’aujourd’hui et Ă  Baptiste Des Monstiers, du site Kool Mag, pour faire le plein de bonnes idĂ©es et de conseils de “darons”.

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